Les sphères armillaires

par Roger T. Bailey de Canmore, Canada

Résumé : « Les sphères armillaires » est une communication que Roger T. Bailey accorda à Montréal, en septembre 2001, lors de la réunion annuelle de la North American Sundial Society . Tous les participants se souviendront de cet exposé, tant Roger est communicatif, articulé et intéressant dans ses propos. Il faut aussi rappeler que, deux jours auparavant, les événements terroristes du 11 septembre 2001, viennent d’avoir lieu à New York, et que la rencontre elle-même de la NASS a failli être annulée. Malgré le tragique des événements, l’exposé de cet excellent cadranier et gnomoniste canadien, a su rejoindre chacun, comme il avait fait à Hartford, Ct. (en 1999), avec ses deux exposés « How Long is My Shadow?», The Use of Declination Lines in the Design of Analemmatic Sundials ; ou encore « Sunset Phenomena ». Cet été 2003, Roger est l’organisateur et l’hôte de la rencontre annuelle de la NASS qui a lieu à Banff, en Alberta du 21 au 24 août 2003, et s’occupe à terminer deux projets de cadrans solaires.

Au Portugal les sphères armillaires se retrouvent partout , aux ronds-points, sur les fontaines, sur le drapeau national, sur la monnaie et sur les armoiries du pays. Nous constatons qu’ils sont aussi sur les clochers des églises, les frontons des monastères, les couvents, les écoles, les monuments , sur les mâts des drapeaux. Pourquoi cet engouement pour cet instrument ancien? Tâchons d’y voir clair.

Qu’est-ce qu’une sphère armillaire et pourquoi est-ce le symbole du Portugal?

Plusieurs hypothèses viennent à l’esprit, qu’il convient de formuler de façon interrogative pour satisfaire la curiosité naturelle ou le simple désir de connaître. Un cadran solaire? Un instrument astronomique? Un ordinateur analogique? Un outil de navigation? Une calculatrice d’Horoscope? Un modèle de l’Univers? Un symbole de la science, de la technologie et de l’univers?

 

Faisons un bref rappel de l’utilisation de la sphère armillaire : ( une mention de quelques noms seulement suffira à montrer l’intérêt qu’on lui manifeste encore aujourd’hui)… Les astronomes grecs de l’antiquité : comme Eratosthène, l’inventeur de cette sphère, et Hipparque (tous deux au IIe s. av. J.C.). Puis Ptolémée (IIe s. de notre ère); et Joannis de Sacrobosco (XIIIe s.) et son traité « Au sujet de la sphère» met à jour le texte de Ptolémée et explique son utilisation en astronomie et en navigation; Henri le navigateur (XVe s.) à son école de navigation à Sagres, au Cap Vincent, au Portugal; Tycho Brahe et Nicolas Copernic (au XVIe. S.) ; Johannes Kepler ( au XVIe s.); les astronomes de l’ancien observatoire de Pékin (XVIIe s.); un René Descartes (XVIIe s.) qui enseigne les sciences à la reine Christine de Suède…

La sphère armillaire de Ptolémée selon Bedos de Celles

Essai de définition : Représentons-nous notre système cosmologique. Jadis la terre est au centre de l’Univers et les étoiles clouées sur un globe qui l’entourait. Il suffisait donc d’établir un tout petit globe terrestre au centre de la sphère céleste. Mais dans ces conditions, la terre aurait été invisible.


LE GNOMONISTE, Vol 10 No 3, septembre 2003, Roger T. Bailey, page 8

L’on inventa donc la sphère des fixes qu’il fallait symbolisée.

La sphère est représentée par une série d’anneaux, imbriqués les uns dans les autres. D’où son nom de sphère armillaire (armilla = anneau). Les cercles qui schématisent ainsi la sphère céleste sont ceux que l’astronomie utilise pour localiser les étoiles : d’abord l’Ecliptique et l’Equateur, puis les méridiens et plus particulièrement ceux qui passent aux points d’intersection des deux précédents, ou à 90° de ces points. Ce sont les colures, qui marquent sur l’Ecliptique les dates des équinoxes et des solstices. On y ajoute presque toujours les deux Tropiques; ce sont les deux petits cercles parallèles à l’Equateur et situés aux endroits où l’Écliptique s’écarte au maximum de l’Equateur, c’est-à-dire aux solstices. Ils marquent l’entrée du soleil dans le signe du Cancer, au solstice d’été, et du Capricorne, aux solstices d’hiver.

La sphère armillaire est le modèle de l’univers. La Terre est ronde. Vous ne pouvez pas naviguer hors de ses côtés à l’horizon. La position du soleil et des étoiles peuvent vous indiquer votre localisation sur la terre, et aussi comment retourner à votre point d’origine. L’anneau de l’écliptique vous indique la déclinaison du soleil. La vue de l’altitude de la lune et sa déclinaison indiquent la latitude. La sphère armillaire démontre aussi les mouvements des objets célestes. Elle montre le chemin du soleil, de la lune et des planètes, et explique l’équinoxe et le mouvement de precession des planètes. Explique les solstices et les tropiques.

 


Le Portugal et la sphère armillaire :

Le Portugal est le seul État à oser dessiner au centre de son drapeau la sphère armillaire, représentation de l’univers, qui symbolise les grandes découvertes géographiques des navigateurs portugais. La sphère se compose de cercles traduisant le mouvement des astres autour du globe terrestre. Cet instrument d’astronomie rend donc hommage aux navigateurs portugais et à leurs nombreuses découvertes. Une nation de navigateurs. Notamment à l’instigation du prince Henri le Navigateur, fils du roi Jean Ier de Portugal, de nombreux voyages valurent à l’Empire portugais de connaître aux XVe et XVIe siècles une expansion maritime exceptionnelle. Parmi les acteurs les plus illustres de cet âge d’or figurent Bartolomeu Dias, premier navigateur à doubler le Cap de Bonne-Espérance, Pêro de Covilha, Vasco de Gama à l’origine de la découverte de la route des Andes, Pedro Alvares Cabral ayant découvert le Brésil ou encore Fredinand de Magellan qui le premier entreprit un voyage autour du monde. Les navigateurs portugais sont ainsi à l’origine de la découverte de nombreux territoires et pays comme les Açores, l’Angola, Bornéo, le Brésil, les Canaries, les îles du Cap-Vert, le Congo, Madère, le Groenland, les comptoirs : Ormuz contrôlant la sortie du golfe arabo-persique, Goa, Cochin, Calicut sur la façade occidentale


LE GNOMONISTE, Vol 10 No 3, septembre 2003, Roger T. Bailey, page 9

de l’Inde, puis Ceylan, Malacca, jusqu’en Chine à Maccao.

Symbole royal portugais. Les Portugains gagnent le contrôle de la route des épices. Pouvoir et richesse. Manoel Ier de Portugal (XVIe s.) adopte l’armillaire comme symbole royal. Le style architectural qu’il inspira utilise la sphère armillaire royale sur les châteaux, les églises, les monastères, tous construits à partir des taxes sur les épices. Par exemple, le palais royal de Sintra (XIVe-XVIe s.) ; l’Hôtel-de-ville de Sintra;


le portail du couvent a Estremoz ;
le cloître du remarquable couvent royal à Batalha; le clocher du Monastère des Hiéronymites, à Belem; le clocher de Nossa Senhorada Conceiçao, à Ferragudo.

La technologie de la navigation portugaise lui donna de conquérir l’univers; les voyages des découvreurs apportèrent la richesse et le pouvoir sur un empire colonial. L’expansion rapide conduisit à des montages fianciers pour financer les bâteaux, les armadas, les armées, les armes; les profits provenant des colonies s’engloutirent dans les constructions de palais, de cathédrales et de monastères. Mais bientôt les autres puissances européennes entrent en compétition; et deux événements accompagnent la perte de l’accuité technologique : l’introduction de l’Inquisition et l’expulsion de travailleurs instruits et érudits.

La cupidité et les coûts exorbitants des colonies ruinèrent le Portugal et lui firent perdre sa suprématie sur les mers.

 

Enfin le Monument des Découvreurs, à Belém : Offert par l'Afrique du Sud en 1960 pour le cinquième centenaire de la mort de l'infant, Henri le Navigateur, ce monument de 52 m de haut, est une représentation figurée d'une proue de navire prêt à partir vers le large. L'infant s'avance en figure de proue, une caravelle à la main, étant le fondateur de la tradition portugaise des découvreurs des mers...
Il est suivi par les grands explorateurs et certains portugais illustres qui participèrent aux découvertes, avec compas, astrolabes et sphères armillaires. Cette procession de personnalités toute reliées à la découverte de l’Inde et du nouveau monde comprend, entre autres, Vasco da Gama, Cristovao Columbus et le poète national portugais Luis de Camoes (1524?-1580) qui écrivit «Os Lusiadas» (Les fils de Lusus) , une grande épopée décrivant les réussites des découvreurs portugais, en particulier de Vasco de Gama.


Le Monument des Découvreurs (1960)



On peut rejoindre Roger Bailey par Internet, en utlisant son courriel: rtbailey@expertcanmore.net


pour avoir la suite du bulletin cliquer page 11

LE GNOMONISTE, Vol 10 No 3, septembre 2003, Roger T. Bailey, page 10