Camille Flammarion (1842-1925), le cadranier d'un seul cadran


Par Mélanie Desmeules

Camille Flammarion est surtout connu en France comme astronome et vulgarisateur. En 1887, il fonde la Société astronomique de France (SAF). Mais sept ans auparavant son « Astronomie populaire » lui avait ouvert les portes d'un large public.
Autodidacte depuis son enfance, ce « poète de la science » s'intéresse à tout: fossiles, plantes, animaux, insectes, étoiles, .... Ses promenades lui apprennent beaucoup sur la nature qui l'entoure. En 1856, après la faillite de son père, la famille quitte Montigny-le-Roy (en Haute-Marne) pour Langres. Camille, alors âgé de 14 ans, décide de partir tenter sa chance à Paris; il y trouve un petit emploi d'apprenti chez un graveur-ciseleur. Pour satisfaire sa curiosité dévorante, il s'inscrit aux cours du soir (gratuits) de l'Association Polytechnique.

Camille Flammarion à 36 ans.

La chance lui sourit drôlement en 1858. Toutes les études et lectures de Camille, souvent faites au clair de lune, le laissent épuisé. Malade, il reçoit la visite d'un médecin qui découvre un manuscrit de 500 pages, écrit par Camille: Cosmogonie universelle . Ce médecin, impressionné par le travail du néophyte, comprend que Camille démontrait des aptitudes pour le travail intellectuel et scientifique. Il le recommande à un responsable de l'Observatoire de Paris, dirigé alors par Le Verrier, découvreur de la planète Neptune. Camille est donc nommé élève-astronome au bureau des calculs pour rectifier la position des étoiles à la lunette méridienne.

  Ce premier emploi d'élève-astronome lui ouvre les portes de l'astronomie. En 1862, renvoyé de l'Observatoire après la publication de « La pluralité des mondes habités », on lui offre un autre emploi au Bureau des longitudes pour calculer les éphémérides annuelles de la Lune. C'est également à ce moment qu'il débute sa carrière de journaliste et de vulgarisateur scientifique; diverses revues (la Revue française, Cosmos ou le Magasin pittoresque) publient ses articles. En 1865, il donne ses premières conférences d'astronomie, à l'Association Polytechnique.

L'Observatoire de Juvisy-sur-Orge et le cadran

Sa carrière d'astronome-vulgarisateur atteint son apogée en 1880 avec la publication de son « Astronomie populaire ». Il reçut alors plusieurs lettres élogieuses; mais une en particulier retient son attention: Louis-Eugène Méret lui offre un domaine à Juvisy-sur-Orge. D'abord sceptique puis ravi, Camille accepte. Des travaux sont entrepris pour modifier le domaine et le transformer à la fois en demeure et en observatoire. L'Observatoire de Juvisy est fondé en 1883.
L'astronome de Juvisy ne fait construire un cadran solaire, placé au-dessus de la porte d'entrée, qu'en 1910. Le travail est confié à l'architecte Daniel Roguet (1886-1956).

L'épure du cadran (Note 1)


LE GNOMONISTE, Vol 9 No 1, mars 2002, Mélanie Desmeules , page 6
Description du cadran: Le cadran de Juvisy (latitude 48°41'37'') est de type vertical déclinant d'une dimension de 4,5m par 8,5 m. Une courbe de midi moyen (courbe d'équation du temps) donne le temps moyen de Paris à midi. Les courbes de déclinaison, pour les équinoxes et les solstices, sont constituées de points qui marquent le temps de 10 minutes en 10 minutes.
Photo du cadran de 1910
Le cadran solaire original de 1910 indique le temps vrai de Juvisy. Comme l'homme de la rue ne dispose pas d'une table d'équation du temps, Flammarion a fait inscrire sur la table du cadran des corrections à apporter à l'heure solaire du cadran pour obtenir le temps universel (TU).

Deux restaurations importantes ont été effectuées en 1972 (Note 2) et en 1998 (Note 3). Cette dernière est certainement la plus radicale. Même si elle conserve l'aspect général du cadran, la réimplantation du style change un peu la lecture de l'heure qui ne se fera plus seulement avec l'oeilleton (nodus) mais avec toute la tige.

Photo du cadran restauré de 1972
Le cadran restauré de 1972 montre bien les corrections sur la table: ainsi le 22 décembre, la correction à apporter est de -11 minutes; le 20 mars de -2 minutes; le 21 juin de -8 minutes, et le 23 septembre de -17 minutes.
Pour sa part, la restauration de 1998, en plus de la réimplantation du style, a supprimé des lignes de déclinaison intermédiaires, pour n'en garder que trois: les deux arcs des solstices et la ligne droite des équinoxe.
  Les corrections sur la table (les dates des saisons) ont été modifiées. Enfin, La courbe en huit a été redessinée, comme en 1972, pour donner le midi moyen de Greenwich (UK).


Photo d'un cadran de 1998

TEMPS VRAI DE JUVISY; LATITUDE: 48°41'37'' N ; LONGITUDE: 2° 22' 15'' E ; AZIMUT DU MUR: 6°57'.
« M. Flammarion a fait mettre une devise: TEMPVS FVGIT (le temps fuit ), pour rappeler à ceux qui passent que la Terre tourne vite, que la vie est courte et qu'il est nécessaire de bien employer son temps » (Daniel Roguet, op.cit.). Il ne pouvait trouver d'utilité plus flagrante de son cadran.

Photo de C. Flammarion dans les dernières années de sa vie


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Note : 1) D. Roguet, "Le cadran solaire de l'observatoire Flammarion de Juvisy et les cadrans solaires en général", L'Astronomie 1912, p. 441-464.
Note : 2) R. Sagot, " Le nouveau cadran solaire de l'observatoire de Juvisy", L'Astronomie, décembre 1974, p.367-382.
Note : 3) D. Savoie, " Le « nouveau » cadran solaire de l'Observatoire de Juvisy", L'Astronomie, vol. 113, juin 1999, p.168-171.
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LE GNOMONISTE, Vol 9 No 1, mars 2002, Mélanie Desmeules, page 7